Romans


Alain Robbe-Grillet

Djinn.
Un trou rouge entre les pavés disjoints


1981
152 pages
ISBN : 9782707310385
9.75 €


Le court récit que nous donne ici Robbe-Grillet va sans doute surprendre ceux qui le prétendent un auteur “ difficile ”. On peut en effet sans aucune peine lire cette histoire “ d'amour et de science fiction ” (comme dit la petite Marie) en n'y voyant que la narration scrupuleuse d'une aventure, étrange certes, mais bien enracinée dans notre Paris d'aujourd'hui, parfaitement reconnaissable.
Pourtant, derrière ce décor tout à fait quotidien derrière la façade lisse de cette écriture tranquille, transparaît un des problèmes qui ont le plus remué les consciences du XXe siècle et tout le roman moderne : celui de la “ cohérence ” du réel, c'est-à-dire celui de la continuité causale du temps, de la matière et de l'existence.
Entre les pavés disjoints d'une ruelle, dans les interstices trop larges, apparaît tout à coup un autre univers, qu'il est trop facile d'appeler “ rêve ” ou “ fantasmes ”. Que serait un amour qui se garderait, par prudence, d'y regarder ? En fait, la mise en abîme des fictions successives qui s'emboîtent retrace cette marche dangereuse au bord des abîmes, avec chutes vertigineuses et passages secrets, qui constituent notre vie.
Depuis Un régicide, son premier roman, Robbe-Grillet n'a cessé (bien souvent sous le masque pervers de l'objectivité ou de la blancheur) d'en explorer les détours imprévus, les impasses, les miroirs, les fascinations, les scintillements et les fantômes... Mais peut-être faut-il dire aussi que l'humour de l'auteur nous joue cependant, ici, d'autres tours...

ISBN
PDF : 9782707326614
ePub : 9782707326607

Prix : 7.99 €

En savoir plus

Jacqueline Piatier (Le Monde, 20 mars 1981)

Robbe-Grillet ensorcelle la grammaire
 
« (…) Parce qu'une université américaine lui avait demandé un texte qui initierait progressivement les étudiants aux difficultés de notre langue, l'auteur de La Jalousie, du Voyeur, de L'Immortelle nous gratifie d'un conte fantastique où nulle sophistication excessive ne vient gâter le plaisir de la lecture. Jouant avec acuité sur l'emploi des temps, avec humour sur son propre univers romanesque, travaillant sur sa corde la plus sensible, l'onirisme, Alain Robbe-Grillet se prend et nous prend à ses sortilèges. (…)
L'extraordinaire, c'est que ce livre d'exercices réussit à être, en même temps, une merveilleuse “ histoire à dormir debout ”, aussi étrange qu'un conte d'Hoffmann, aussi souriante qu'une rêverie de Lewis Carroll, aussi rebondissante qu'une aventure de James Bond, et qu'il nous apporte une excellente synthèse de l'univers romanesque de Robbe-Grillet.
Tout y est. Ses décors préférés : hangars ou greniers encombrés de choses au rebut, maisons abandonnées, ruelles désertes finissant en impasse ; ses objets fétiches : mannequins, magnétophones, portraits, toutes ces reproductions de la vie, au statut instable, puisque artificielles ici, là elles deviennent réelles ; ses intrigues favorites : d'espionnage, de filatures, de sociétés secrètes, d'agents manipulés par des femmes dominatrices ; ses reprises maniaques des mêmes scènes sous un éclairage différent, ses échos, ses reflets ses jeux de miroirs... Bref, ses variations.
Simon Lecœur, à la recherche d'un emploi, tombe dans les rets d'une mystérieuse Américaine, Jean, qui le subjugue au point qu'il en devient aussitôt amoureux. Sans rien lui expliquer, elle le charge d'une mission qu'un obstacle, apparemment imprévu, la chute d'un enfant sur le pavé disjoint d'une ruelle obscure, l'empêche d'accomplir. Cet accident, parfaitement programmé au contraire, remet Simon entre les mains de deux enfants, Marie et Jean, qui le contraignent à jouer l'aveugle pour découvrir quelle organisation souterraıne il sert : c'est une société de lutte contre le machinisme où l'on n`use, par ironie, que de machines et dont tous les agents, découvre-t-on à la fin du récit, après plusieurs variantes, ne sont que des robots.
En gros, voici donc “ une histoire d'amour et de science-fiction ”, comme celle que Marie réclame à Simon quand ils vont ensemble au bistrot ; et Simon l'invente, “ au passé historique ” comme il se doit, la raconte au “ passé historique ”. Mais en fait, c'est une histoire, où pour la première fois rôde la mort, que Robbe-Grillet nous conte. La vraie mort, celle qui justifie l'emploi de l'imparfait et même du futur antérieur, cette forme rocambolesque des verbes qui situe dans le temps accompli une action à venir. (…) C'est tout à fait étonnant. »

 




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