Romans


Marie Redonnet

Splendid Hôtel


1986
128 pages
ISBN : 9782707310750
11.60 €


Vingt-trois chants où le “ je ” d'une femme sans nom, sans âge, sans visage, dit la Passion du Splendid Hôtel, son trésor, sa chose, légué par grand-mère qui l'a fait construire au bord du marais virulent. Splendid Hôtel déjà délabré, attaqué, miné, et qui ne cessera d'endurer tous les fléaux, de souffrir de tous les maux, dont le pire : la tendance fatale de ses sanitaires à se boucher, la narratrice toujours occupée à les déboucher. Laborieuse, infatigable narratrice, toute consacrée aux soins du Splendid Hôtel, dévouée aux malheureux clients – les anonymes, attirés par les enseignes clignotantes, et les professionnels du Chemin de fer venus imposer au marais leur grand œuvre –, harcelée qu'elle est pendant ce temps par ses deux sœurs parasites, Ada la malade et Adel la comédienne ratée, l'une et l'autre semant sans cesse le trouble et la zizanie.

Christine Ferniot (Les Nouvelles littéraires, mars 1986)

 Chez Marie Redonnet, tenancière du Splendid Hôtel, le sordide côtoie le cloaque. L'héroïne sans âge tient d'une poigne encore ferme son hôtel insalubre, hérité de la grand-mère, à deux pas du marais. Les mouches s'y pressent l'été, les rats en automne et le brouillard au printemps. Marie passe le plus clair de son temps à déboucher les sanitaires, reboucher les tuyaux percés, colmater les trous dans le bois pourri, laver les draps devenus gris. Ses deux sœurs, Ada et Adel, se prélassent dans leurs chambres, éternelles malades, insupportables femelles à gifler. L'hôtel n'a désormais de splendide que son intitulé encore affiché au néon, crachant ses dernières lumières dans un pays pourri par le marais. Ada et Adel finiront par mourir les premières, victimes des épidémies, tandis que la petite Cendrillon, éternelle fourmi laborieuse, continuera à dissimuler les petites misères de son hôtel à coups de bricolages de fortune. Livre magnifique et étouffant, Splendid Hôtel confirme le talent de Marie Redonnet. Ses phrases sont brèves, comme hachées, et les scènes répétitives, volontairement redondantes, créent un phénomène de claustration, voire d'éternel recommencement. On suit pas à pas une héroïne empêtrée dans ses problèmes quotidiens au point d'ignorer la mort pour mettre en valeur le seau à vider on la planche à consolider. Nous sommes avec elle dans les bas-fonds du monde, dans un hôtel à la Wim Wenders, où les néons ressemblent aux derniers poumons de la vie. 

 




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