Théâtre


Euripide

Iphigénie à Aulis

Traduction de Jean et Mayotte Bollacksuivi de Notes critiques


1990
128 pages
ISBN : 9782707313645
10.05 €


À Aulis, dans l'impasse où l'armée attend de partir pour une guerre à venir, Iphigénie est prise au piège d'un mariage qui masque sa mort. Le sujet de L'Orestie est traité une nouvelle et comme une dernière fois dans cette œuvre posthume d'Euripide dont la simplicité tire son pathétique des langages empruntés.
Le mythe du sacrifice, le prix à payer, fournit le cadre, il ne fait pas l'intrigue. La théâtralisation s'autonomise, elle invente, elle entraîne le tragique dans l'expérience de la fatalité démythifiée des situations. La vérité est dans la tension, qui fait l'échec plus cruel d'avoir affronté une résistance factice.
Les personnages tournent autour d'une nécessité qui les domine d'autant plus impérieusement que la matière héroïque se confond désormais avec leurs intérêts profonds. Lorsque l'événement fatal a lieu, la victime elle-même se met en scène. Son destin est joué, représenté comme un produit de l'art, au même titre que les stratagèmes des protagonistes pour ruser avec l'histoire.
Le texte de la pièce de Iphigénie à Aulis a été restitué par Jean et Mayotte Bollack contre les nombreuses corrections de la tradition qui la défigurent. Ce sont des lectures inédites qu'on lira ici. La traduction s'est proposée de rendre au théâtre et à la modernité une œuvre qu'il faut disputer à l'académisme et dont les représentations au théâtre du Soleil (1990-1991) ont montré l'actualité.

* Création par le théâtre du Soleil à La Cartoucherie de Vincennes, dans une mise en scène d’Ariane Mnouchkine.

A. Ps (L’Express, 21 février 1991)

Euripide parmi nous
Mayotte et Jean Bollack font revivre le tragique grec. Un modernisme miraculeux.
 
 Rencontre au sommet. Celle du théâtre et de l'hellénisme. Qui les personnifie mieux qu'Ariane Mnouchkine et que Jean Bollack ? L'une fait triompher les tragiques grecs, Euripide et Sophocle, sur la scène de la Cartoucherie, un événement. L'autre, éminent philologue, les traduit depuis un demi-siècle. Car il y a un texte, n’en déplaise aux critiques, avant tout subjugués par les entrechats du chœur. Un texte miraculeusement moderne dans son immédiateté et son actualité. Simple, cruel impitoyable. “ Je remonte le courant pour arriver à la chose même ”, dit Jean Bollack, fidèle à sa méthode d'interprétation : accomplir une lecture neuve, grâce à l'histoire de la compréhension des œuvres.
“ Les tragiques avaient tout lu et ils réagissaient à leur propre culture : c'est dans cette réactivité que je les lis. ” Avec sa femme, Mayotte, traductrice de Lucrèce, ils élaborent la version française en la situant dans son contexte, “ comme il faut lire Proust ou Beckett ”. La langue d'Euripide n’est pas académique ; ainsi rendue, elle garde toute sa fraîcheur. “ Quand Iphigénie déclare :  Je fais le don de ma personne  comme le maréchal Pétain, je suis certain de ne pas me tromper. ”
Chez Euripide, plus de héros tragiques : c'est le théâtre qui l'emporte et entraîne le mythe, dans l'artifice. “ Agamemnon, Achille même sont des minables. ” Faiblesse et fausseté, ils n’ont aucun caractère, si ce n’est celui de la loi qu'ils subissent. Ils ne changeront rien à l'histoire, pas plus qu'Iphigénie, dont l'échec était anticipé. La décision de sa propre mort n’est qu'une invention dramatique, car “ tout se joue dans l'espace de la parole ”.
En attendant les quatre volumes de l’Œdipe roi (le texte et ses interprétations) aux Presses universitaires de Lille, Jean Bollack déchiffre Electre. Sophocle : un autre monde, plus archaïque, un autre “ courant à remonter ”. Heureuse rencontre que celle qui décape pareille beauté pour la plus grande audience. 

 

Du même auteur

Voir aussi

Sur Euripide :* André Green, Un œil en trop. Le complexe d'Œdipe dans la tragédie (Minuit, 1969). 



Toutes les parutions de l'année en cours
 

Les parutions classées par année