Paradoxe


Pierre Bayard

L'Enigme Tolstoïevski


2017
160 pages
ISBN : 9782707344052
16.50 €


Si tout grand créateur est une énigme, aucun ne l’est autant que le célèbre écrivain russe Léon-Fiodor Tolstoïevski.
Qui mieux que cette personnalité multiple, auteur de romans aussi diffé­rents qu’Anna Karénine et Crime et châtiment, ou Les Frères Karamazov et Guerre et paix, peut nous aider, en nous entraînant dans les profondeurs de l’âme slave, à résoudre la question principale de toute réflexion sur le psychisme : pourquoi suis-je plusieurs ?

Ecouter Pierre Bayard sur France Inter dans l'émission Boomerang d'Augustin Trapenard.










Tolstoïevski (photo Pierre Bayard)

ISBN
PDF : 9782707344076
ePub : 9782707344069

Prix : 11.99 €

En savoir plus

Lire l'article de Christine Marcandier, Pierre Bayard : "J'écris des fictions théoriques", L'Enigme Tolstoïevski (le grand entretien), Diacritik, 2 novembre 2017.

Lire l'article de Jacques Dubois, "Pierre Bayard lit Tolstoïevski", Diacritik, 13 novembre 2017.


 

Jean-Philippe Toussaint, L’Obs, 7 décembre 2017

Avez-vous lu Tolstoïevski ?

A chaque nouveau livre que publie Pierre Bayard, on se pose une question simple : qu’a-t-il inventé cette fois-ci, où va-t-il nous entraîner, quel est le brillant paradoxe qu’il va nous exposer ? Car Bayard est multiple, les innombrables tentacules de sa curiosité intellectuelle explorent tous les domaines de la critique littéraire, avec d’ingénieuses méthodes qu’il a lui-même mises au point : critique policière, critique d'amélioration, critique d’anticipation. Parfois, le titre du livre donne un indice, c’est particulièrement vrai du fameux : « Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? ». Souvent, l’incipit nous éclaire – mon préféré est peut-être le succinct : « Proust est trop long » à propos du « Hors-sujet. Proust et la digression ». Le titre du nouveau livre de Pierre Bayard, « L’Enigme Tolstoïevski », est déjà un défi, avec ses allures de rébus ou de charade. Ce n’est pas tant le mot « énigme » qui nous alerte – on n’en attendait pas moins de Pierre Bayard -, c’est ce nom, étrange et familier, de Tolstoïevski, qui nous fait soulever un sourcil circonspect. Si tout grand créateur est une énigme, aucun ne l’est autant que le célèbre écrivain russe Léon-Fiodor Tolstoïevski, prévient Bayard, qui nous entraîne d’emblée dans un rapide parcours de la vie du grand écrivain russe.
Dès les premières pages, confortablement installé dans son fauteuil à côté d’un samovar bouillant, le lecteur se laisse alors emporter dans les steppes accueillantes d’une agréable évocation biographique, avec références précises et résumés lumineux de ses œuvres les plus importantes (« Crime et Châtiment » et « Guerre et Paix » en trois ans d’intervalle, quelle santé !). Mais il ne faut quand même pas s’attendre à une de ces délicieuses biographies veloutées et pépères à la Stefan Zweig. Non, chez Bayard, l’inattendu guette toujours à l’orée du bois de bouleaux, le paradoxe s’insinue, le sophisme rôde. Umberto Eco nous avait prévenus : selon lui, Pierre Bayard est intéressé par le fait que toute lecture doit avoir un aspect créatif et que le lecteur doit d’abord y mettre du sien. La grande question du livre est posée dès la première phrase : « Pourquoi suis-je plusieurs ? » Bayard, alors, comme souvent dans son œuvre, convoque la psychanalyse et nous rappelle l’interprétation que Freud fait de la question du double si présente dans l’œuvre de Tolstoïevski (et c’est toujours un plaisir de relire Freud sous les lunettes de Pierre Bayard). Puis glissant imperceptiblement de Freud à Proust (que demander de plus en cet automne languissant ?), on en arrive à la partie la plus féconde du livre, quand Bayard nous explique que, plutôt que d’un modèle freudien, c’est d’un modèle proustien que l’œuvre de Tolstoïevski serait le plus proche : pas de dualité chez Proust, mais ce qu’il conviendrait d’appeler une « plurivalence ». Et, dès lors que l’enjeu théorique du livre est de s’interroger sur les multiples « moi » qui coexistent en chacun de nous, et a fortiori chez Tolstoïevski (même si, jusqu’au bout, Bayard garde le silence sur les secrets de fabrication de sa créature), il devient légitime, voire indispensable, pour sa démonstration, de construire, avec les outils d’un morphing littéraire inédit, une figure nouvelle et composite de géant des lettres russes à partir des personnalités dissociées puis recomposées et fondues ensemble de deux des plus grands auteurs de la littérature russe – et je vous laisse deviner lesquels, ce n’est pas moi qui vendrai la mèche.

 

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Pour une nouvelle littérature comparée, in Pour Éric Chevillard, (Minuit, 2014)



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