Critique 


Revue Critique

Critique n°946 Exposer la nature


2026
120 pages
ISBN : 9782707358134
14.50 €

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Des cabinets de curiosités et ménageries royales aux parcs zoologiques et réserves naturelles, l’exposition de la nature a connu de nombreuses formes. Si elle traduit une volonté d’éduquer et de divertir, elle est aussi une démonstration de pouvoir, par laquelle l’Autre, étrange ou étranger, se trouve exhibé, transformé en spectacle. Longtemps, les institutions de la nature exposée ont ainsi contribué à légitimer, de part et d’autre des barreaux, la séparation entre humains et non-humains. Devant la nature encagée, se renforçait par contraste le sentiment de la liberté humaine.

Aujourd’hui, les zoos modernes ont pour mission de simuler des espaces naturels et de sensibiliser aux extinctions et à la conservation des espèces menacées. De même, les musées anthropologiques réévaluent la frontière entre nature et culture, révélant la violence des collectes coloniales. Ce dossier met en lumière leur ambiguïté : entre héritages historiques débattus, émerveillement devant la diversité des vivants et urgence écologique.

Sommaire :

Nélia DIAS : « Entre conservation et extinction. Collections vivantes, collection du vivant »
Anne LAFONT : « 1933. L’avifaune africaine et le musée colonial »
Aurélie DARBOURET : « Rencontrer les géants des mers, une enquête liquide et embarquée »
Frédéric KECK : « Quand les animaux s’exposent »
Guillaume BLANC : « De la terre, du pouvoir et des hommes »
Entretien avec Guillaume BLANC : « Parler de nature revient toujours à parler d'humains »
*
Pierre VINCLAIR : « Les possibilités du poème »
Laurent JENNY : « De la photographie à la post-photographie »
Jean-Loup BOURGET : « Les singuliers nocturnes de Wright of Derby »
Thierry HOQUET : « L.D.T. Le langage de Donald Trump »

Julie Clarini, Le Monde, 19 juin 2026


Zoos, volières et réserves naturelles : exposer la nature pour mieux la dominer 
Le nouveau numéro de la revue Critique décrypte, dans un dossier, les logiques de classification et de mise à distance qui séparent l’humain de l’animal. 

La revue des revues. En 2017, un dauphin solitaire longe les côtes du Finistère. Il affectionne le contact avec les humains, qui le lui rendent bien ; on s’organise pour le voir, on documente ses apparitions, on s’enorgueillit localement de cet individu hors norme, aussitôt devenu célébrité. Mais Zafar, puisque c’est son nom, finit par quitter la Bretagne pour les rivages des Pays-Bas, où il meurt quelque temps plus tard. Son cadavre est récupéré, disséqué et c’est sous forme de squelette qu’il intègre une collection naturaliste. Cette ultime exposition, derrière une vitre, et dépourvue de mention biographique émeut tous ceux qui l’ont croisé. 

L’anecdote est tirée du livre de Fabien Clouette, Des vies océaniques (Seuil, 2025). Elle pose les termes du nouveau dossier de la revue Critique, qui propose de réfléchir aux conditions et aux cadres dans lesquels le geste d’« exposer la nature » prend forme. Chacun des articles s’appuie, comme le veut la revue, sur une ou plusieurs parutions récentes, offrant ainsi un aperçu des travaux universitaires du moment. Au regard des volières, zoos, réserves naturelles, fermes, biobanques et collections coloniales, un enseignement se tire aisément : exposer la nature, c’est d’abord l’encadrer, l’entourer ou l’encager − autant d’opérations de pouvoir disséquées dans chacun des articles. 

 

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