Essais


Étienne Anheim

Pétrarque, portrait de famille


2026
288 pages
ISBN : 9782707357922
23.00 €


Pétrarque (1304-1374) est un monument de l’histoire littéraire. Codificateur du sonnet, auteur de la plus importante correspondance du Moyen Âge, philosophe moral et spirituel, il est sans doute l’écrivain le plus imité depuis la Renaissance, de Ronsard à Beckett. À propos de cette œuvre révolutionnaire, tout ou presque semble avoir été écrit. Et pourtant, elle dissimule ce qui la fonde et qui se révèle par la lecture minutieuse des manuscrits et des archives du XIVe siècle : le portrait d’une famille italienne au temps de la peste, de la papauté d’Avignon et des conflits entre guelfes et gibelins.

À travers l’évocation de ses ancêtres, de son père et de sa mère, aux côtés de son frère qui l’abandonne pour devenir moine chartreux, en rêvant à Laure, la femme aimée qui lui tient lieu d’épouse spirituelle et rend invisibles d’autres compagnes, mais aussi dans ses rapports complexes avec son fils, sa fille et le cercle de ses amis lettrés, Pétrarque invente une famille d’encre et de papier dont il est le centre.

Construit comme un roman choral, cet essai raconte la vie de ces femmes et de ces hommes qui ont façonné la figure du premier écrivain moderne. En croisant la sociologie historique, l’anthropologie de la parenté et la poétique, il montre que l’histoire familiale n’est jamais qu’une affaire de récit et que la littérature est toujours une affaire de famille.

ISBN
PDF : 9782707357946
ePub : 9782707357939

Prix : 16.99 €

En savoir plus

Le Monde des livres, Marie Dejoux, mai 2026

L’historien Etienne Anheim renouvelle notre regard sur Pétrarque, le poète du XIVᵉ siècle, « père de l’humanisme »

Le médiéviste a relu Pétrarque au prisme de ses parentés, biologique et, surtout, spirituelle. Un passionnant « portrait de famille ».

Dans Pétrarque. Portrait de famille, Etienne Anheim démontre que les médiévistes n’ont pas tout à fait fini de questionner le genre biographique. On se souvient de Jacques Le Goffdoutant que l’on puisse accéder au « vrai » Louis IX (Saint Louis, Gallimard, 1996), tant les biais étaient grands dans les sources. Ici, pour citer le sociologue Pierre Bourdieu, c’est une autre « illusion biographique » que dénonce Etienne Anheim. Celle qui autoriserait l’historien à isoler un acteur médiéval dans une société qui ne reposait pas sur l’individu mais sur le groupe et, au premier chef, sur la parenté charnelle et spirituelle.

C’est donc au prisme de sa famille qu’il entend relire Pétrarque (1304-1374), immense poète médiéval, inventeur du sonnet dans le Canzoniere, son recueil de poésie lyrique, et offrir ainsi une passionnante « histoire sociale de la littérature ». L’entreprise est d’autant plus légitime que ce « père » de l’humanisme mit en scène de manière très neuve sa famille, donnant par là naissance à la figure de l’écrivain moderne.

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France Culture, Chloé Leprince, mai 2026

En librairie ou en bibliothèque, la biographie est appréciée des lecteurs. Mais les historiens, durant un siècle, ont redouté l'approche anecdotique, la fantaisie littéraire, et le miroir grossissant de l'entrée par une vie. Dans les années 80, la controverse faisait l'objet d'articles et de débats.

(...) Pourtant un livre qui vient de paraître ce printemps 2026 aux éditions de Minuit montre que les scrupules vis à vis de l'anecdote ou l'illusion de la projection, d'une part, et l'intérêt de produire du savoir en suivant de près une trajectoire au ras des traces et des interactions avec l'entourage, d'autre part, n'ont rien d'irréconciliables : l'historien médiéviste Etienne Anheim signe Pétrarque, une biographie du poète saisi dans son milieu familial, au XIVe siècle, en Italie. Il montre comme Pétrarque, qu'on présente comme le père de l'humanisme mais qui en réalité se révèle plus isolé, et singulier de son vivant qu'un chef de file, a pu ciseler et même fabriquer sa propre trace. Jusqu'à sa généalogie, qu'il choisit largement et éclaire d'une manière qui conforte l'histoire de lui-même qu'il entend laisser, au point même de s'inventer quasiment en transfuge de classe.

Mais dans ce Pétrarque, ce qu'on comprend c'est que la part biographie, et même généalogique à quoi une biographie semble s'arrimer, est en fait profondément social, et éclaire bien un écosystème, et des pratiques collectives. Car Pétrarque, au fond, transgresse, pour inventer la figure de l'écrivain. Cheminant au plus de près de cette généalogie enfin éclairée depuis l'écart entre les sources, le récit, et l'œuvre elle-même du grand homme, on accède à cette transgression aux confins de l'histoire de l'écriture qui alors se dé-professionnalise. Tandis que Pétrarque s'invente en "fils de ses propres œuvres" tel que le relit Etienne Anheim, on le suit, fils de notaires issu de trois générations de juristes à la cour pontificale d'Avignon, qui ne déteste rien tant que les écritures professionnelles et notamment le droit des écritures. Décalé par rapport à ces ressources sociales réelles et au capital social de la famille que le chercheur objective, cet imaginaire de lui-même montre combien Pétrarque œuvre au fond à défendre la littérature, et une pratique sociale de l'écriture qui devient ainsi une question d'histoire, et de savoir, bien au-delà du lignage.

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